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Billet d'humeur 09/07

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La cagoule
 

 

 

Moi, je suis toujours habillée. Corset noir, fourreau de latex, longue robe décolletée mais sévère au laçage compliqué, combinaison de Catwoman... Quant à l a tenue vestimentaire de mes soumis(e)s, s'ils ne sont pas d'incorrigibles fétichistes de telle ou telle matière, latex, mohair,satin ou velours, elle dépend alors de mon caprice du moment.

Quand un de mes hommes de ménage passe la serpillière à quatre pattes, il est parfois nu, simplement vêtu d’un string, bien tendu entre ses fesses imberbes. L’étui pénien en cuir ajouré qui habille éventuellement sa verge paraît vide quand il ne bande pas. Animé par l’espoir de se rendre désirable, il tend sa croupe en travaillant pour moi. Je l’entends respirer par les trous percés dans la cagoule tandis que j’écris. Cette cagoule a été moulée sur une tête de femme : elle dessine un visage de femme à celui qu’elle emprisonne.


Coiffé et vêtu de latex, l’homme ou la femme perd son individualité. Sa silhouette luisante et aquatique devient froide, impersonnelle comme l’écorché vif : les traits qui font la particularité d’un individu disparaissent sous la gomme. Il devient un objet. La cagoule met en valeur le regard – isolé au milieu du latex opaque. Regard humble, brûlant et désirant de l’homme-objet. Et quand les yeux d’un(e) soumis(e) sont cachés sous un bandeau, il ne reste plus de visible alors que la bouche : béance offerte, humide et chaude, prête à sucer tout ce que l’autre voudra y introduire. Avec les yeux bandés, cet objet sexuel ressemble au trou à remplir des films X.


Moi-même, sous la cagoule, je ne suis qu’un instrument pour l’homme que je domine. L’égal du baiseur chargé de faire jouir sa partenaire... À la différence que nos déguisements, à nous autres fétichistes qui avançons masqués, créent une distance propice à de longs préliminaires, repoussant à plus tard la « petite mort » qui signe la fin au désir.

Pablo Gonzales-Trejo, peintre cubain né à Santo Espiritu, diplômé de l’école Nationale Supérieure d'art de Dijon en 1999, vit actuellement à Miami. Au printemps 2007, il a exposé à l’espace Helenbeck, rue des Beaux Arts à Paris.