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Billet d'humeur 07/11

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Le loup du gourou
 

 


Le stage DANSE DE L’EXTASE d’un gourou canadien allait se dérouler dans une ferme de Belgique. Assis sur un trône couvert de peaux de bêtes, un castor et un loup, le gourou aux longs cheveux ressemblait à ses amis les Sioux. Dans le grenier, il accueillait trois hommes et quatre femmes – j’étais la quatrième. Pour commencer, nous avons dansé librement pour délier nos corps en vue du 7ème ciel. Le Nirvana était prévu au petit matin lorsque, après quinze heures de pratique à respirer, se connecter et se frotter les uns aux autres, nous réussirions à faire monter en nous le serpent de l’énergie sexuelle.
Dès le début, la plus mignonne de mes compagnes, thérapeute dans le civil, se plaint de ne ressentir ni émotion ni excitation sexuelle. Ma voisine prend la relève : personne ne l’aime, et ici ou ailleurs, jamais on ne s’intéresse à elle. Pendant la première mêlée des corps (encore habillés) « pour essayer de sentir » les deux jeunes femmes éclatent en sanglots tour à tour, frappent le sol du poing. L’un des hommes prend la relève : enfant, il a été violé par sa mère. L’enchaînement des psychodrames me refroidit. Que faire pour me mettre au diapason des autres ? Sur quoi pleurer, hormis moi-même, comme les autres ?

Je vois la peau du loup étalée au milieu de la pièce, et sur laquelle le psychodrame se poursuit, mouillée des larmes de la troisième femme qui s’affaisse sur son pelage, le visage en pleurs. Je m’approche de la dépouille. Je baise respectueusement les coussinets des pattes aux poils pâles. Je les imagine encore tièdes et je pleure, sur la mort du loup.