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Billet d'humeur 01/07

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Papillon d’hiver à Roppongi
 

 

 

 

Dans les couloirs du métro, des milliers de jeunes filles aux jambes arquées trottinent sur des bottines à talons aiguilles, les chevilles en dedans. Fière de ma démarche parisienne sur 10 centimètres d’escarpins, je leur jette des regards moqueurs : Jusqu’où va la soumission des Japonaises : Elles portent des talons et ne savent pas marcher avec !
Dictats de la mode et masochisme féminin sont des incontournables au pays du Soleil Levant. Les fantasmes masculins y font la loi : écolières, jeunes endormies ou ligotées qui me rappellent ma collection de papillons. À 15 ans, j’endormais mes captifs moi-même, à l’éther.
Près de la station Roppongi, au club de poche « le Baroque », Miyabi frissonne, nue dans une fosse rectangulaire. Une trentaine de cordes huilées au préalable sont alignées sur le bord. En jupe et corset French cancan, Rinko, la professionnelle de shibari (bondage) descend dans la fosse. Un garçon en jupe longue l’assiste.
L’attraction est un numéro de cirque, rodé, mécanique. Une jambe recourbée au-dessus de la tête, la fille  attachée me sourit : nous avions échangé des mails. Rinko la manipule avec rapidité, comme dans un concours. Ça me rappelle l’Ave Maria joué en accéléré à heure fixe par un orchestre de Prague. Des Japonais attablés observent en silence le papillon virtuel. Une jambe par ici, l’autre par là, empaquetage habile, emmaillotage, c’est plus pro que les tontons ficelle de par chez nous.
Bras et jambes désarticulées, Miyabi ressemble à un motif de bouclier grec. Soulevant sa jupe à deux doigts, Rinko salue le public.
Elle refuse le cocktail que je lui propose, elle a peur d’oublier l’ordre de ses nœuds. Détacher le modèle n’est pas une mince affaire... Ouf ! C’est fini ! J’ai horreur des travaux pratiques, « arts and crafts », ping-pong show et banana show, comme des salons de l’érotisme. Si le temps ne suspend pas son vol, à quoi bon ? Miyabi se frotte les jambes sous le peignoir.

- Attache-t-on parfois des hommes ?

Le rire de Rinko dévoile des dents rondes comme des perles.

- C’est rare ! Les Japonais préfèrent regarder, et les Occidentaux sont trop lourds.

- Les hommes ne sont pas souples, dit Miyabi. Ça vous a plu, Gala ?

Je ne sais pas quoi dire...

- Belle prouesse technique, c’est chouette, le shibari.

- « Chou-ette » dit Miyabi.