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Mon vagin m'appartient
 

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Lancer de soutien-gorge pour sensibiliser au dépistage du cancer du sein, pancartes MON VAGIN M’APPARTIENT en tête de manifestations défendant l’IVG : armées de leurs seins nus, les Femen ukrainiennes semblent avoir encouragé l’activisme collectif des Françaises, et pourtant, les jeunes générations ne font pas plus de vagues dans le domaine de la performance artistique que dans celui des écrits féministes, en France comme ailleurs.
Où est la relève des sexagénaires Marina Abramovic, Orlan et Pilar Albarracin ? Dans les années 60, il y avait les rôles domestiques, familiaux, érotiques de la femme à renverser. Orlan dénonçait le statut du corps de la femme en posant derrière une photo de son buste nu qui fonctionnait comme un distributeur bancaire. Dans les années 90, le sida et le cancer désacralisaient les corps libres et joyeux. Le corps souffrant y devenait l’objet de tous les outrages à travers des fulgurances signées Stelarc suspendu par des crochets plantés dans la peau ou Gina Pane, escaladant pieds nus une échelle dont les barreaux portaient des lames de rasoirs. Dans une société lissée par l’uniformisation, l’obsession du regard d’autrui et l’élan exhibitionnisme qui encouragent la performance purement esthétisante détruisent peut-être l’autonomie personnelle nécessaire à une véritable transgression artistique des catégorisations. L’usage systématique de la nudité comme vecteur indispensable à l’activisme politique comme au théâtre prête à sourire, comme tous les excès.
Je m’interroge : les acquis des femmes sont-ils si satisfaisants qu’il n’y aurait plus de normes à transgresser hormis celle du genre ? Depuis deux décades, les drag-kings, filles en garçons, nouvelles garçonnes aident à sensibiliser aux inégalités du genre et au carcan du féminin et du masculin. De son côté, la féminité traditionnelle se défend à coup de wonderbra et de strip-tease burlesque, laissant les enfants au mari tout fier d’étrenner son congé parental. Allons mesdemoiselles, on attend la relève!  

Galerie du mois :

Photo 1 : l’artiste serbe Marina Abramovic sensibilise au danger des religions et à leurs dérives sacrificielles, ici l’étoile de Jacob.

Photo 2 : l’artiste français Benjamin Dukhan. Dans un décor de « boîte noire », sur fonds du Beata Viscera de Jan Garbarek, un être lové, à partir de l’état de fœtus, se déploie lentement, avec grâce et précision, telle une naissance – une main, un bras, une jambe, un corps tout entier – entièrement nu, offert au regard mais jamais impudique. C’est la naissance d’un être qui cherche son humanité. « How Beautiful », 2010.
photo: Emmanuel Sarnin

Photo 3 : L’artiste française Catherine Corringer « rentre dans une transe qui la fait voyager loin de nous, et revenir après avoir vaincu on ne sait quel monstre, dans un combat dont elle porte les stigmates. (…) Cette performance physique et mentale qui nous laisse muets, sidérés, est une sorte de culte rendu à un texte culte, mais où rien n’est sacré. Ce texte, c’est le Scum Manifesto de Valérie Solanas. Écrit en 1967 dans la rage, il annonce la fin de l’homme, du mâle d’abord, bien sûr, genre particulièrement grotesque et auto-destructeur, et de la femme, ensuite, dont l’existence est aussi inutile et injustifiée. » Ruwen Ogien. « Scum manifesto », 2011.
Photo : Emmanuel Valette


Photo 4 : l’artiste américain Ron Athey, spécialisé dans les rituels autour des tabous, des pratiques homosexuelles hard et du corps politique tire de son anus un long collier de perles, dans sa performance post-sida à New York dans les années 90.